L’enfer du dimanche – Any given sunday

Al-Pacino

[ENGLISH VERSION BELOW]

10 ans de Paintball de compétition dans les jambes, 8 saisons au plus haut niveau. Plus de 40 compétitions européennes. Des moments forts et des moments de doutes, mais ce weekend là, à n’en pas douter, ce fut un gros moment de doute.
Le rappel qu’un sport collectif est avant tout collectif.
Le rappel qu’avoir sa place sur le terrain vaut beaucoup. Bien plus que l’on ne le pense.
Le rappel cinglant que le sport de haut niveau ne laisse pas la place au doute.
Du 1 au 5 juillet j’étais en déplacement à Basildon, UK pour la troisième manche des championnats d’Europe par équipe de Paintball de compétition.
Ce tournoi avait un goût particulier pour moi puisqu’il regroupait trois tournois en un.
Le premier et le plus important, celui avec mon équipe, Toulouse Tonton, pour lequel nous étions 1er ex aequo au classement général pour le titre de champion d’Europe.
Celui en individuel, pour lequel j’ai eu de très bonnes performances l’année dernière mais cette année j’avais encore tout à prouver.
Et enfin celui avec l’Equipe de France. J’ai eu la chance de faire à nouveau partie de la sélection.
3 tournois en 1, ça parait fou mais c’est pas pour rien qu’on se butte tous les jours au Crossfit hein.
Aujourd’hui j’ai décidé de raconter mon tournoi avec Toulouse Tonton.
Après une préparation assez mitigée ou je me retrouve sur un poste d’insert car Franck Chambon et Axel Gaudin ont commencé à appréhender les 2 postes « d’attaquants » que le terrain propose et ils les jouent à merveille.
J’ai donc l’opportunité de jouer à un poste inhabituel pour moi mais j’envisage ce challenge avec beaucoup d’envie.
Malgré mon envie, mes performances ne sont pas celles que je peux montrer à l’attaque, mon poste de prédilection.
Sur la manche de LNP de Paris j’ai un Edge sur mes adversaires, ça sera suffisant pour remporter le tournoi mais je me rend doucement compte que ça ne suffira pas lors d’une demi finale des championnats d’Europe, mon Coach Pascal Hausser s’en rend également doucement compte.
Toulouse Tonton et son coach Pascal ont un fonctionnement bien particulier qu’on ne retrouve pratiquement chez personne d’autre. L’équipe possède un roster « Shortstack », un sous-effectif choisi et assumé. 6 joueurs pour une saison complète. Un choix risqué en cas de blessure ou de mauvaise performance de plusieurs joueurs, mais un choix très performant quand on a un 5 qui est en forme.
J’apprécie beaucoup ce système de jeu, d’après moi il est essentiel de jouer tous – ou presque – les points d’un match pour être réellement au meilleur niveau de sa performance possible.
Pascal a l’habitude d’avoir un 5 majeur qu’il fera jouer tant que l’équipe se montre performante. La fatigue éventuelle d’un joueur ne fait pas réellement partie de ses calculs car d’après sa philosophie, si on veut être un joueur de très haut niveau il faut être capable de jouer tous les points, philosophie que je rejoins.
Lors de la première manche des championnats d’Europe c’est Franck Chambon qui s’est retrouvé 6ème et qui a très peu vu la couleur du turf, lors de la deuxième manche ce fut Brice Gaudin.
Pour la troisième manche il fallait donc un candidat.
C’est très dur de se retrouver 6ème quand l’équipe joue bien, c’est évidemment frustrant car dans un sens on se sent bien pour l’équipe car elle gagne, mais frustré car on est sur le banc de touche.
Pour ma part je connais les règles et je les accepte. J’aime jouer tous les points quand je suis « on fire » et j’accepte de tourner tous les points quand ce n’est pas mon jour.
C’est un système que j’apprécie donc je n’ai pas à me plaindre si je devais être le 6ème.
14 de route plus tard pour arriver à Basildon en camion avec le stand DROM, une petite nuit de 3h dans un bon vieux formule 1 des familles. On monte le stand DROM en 2h puis il est temps pour moi de me préparer pour le dernier Practice sur le terrain officiel avant le début de la compétition.
Le cauchemar ne fait pas le timide. 1h d’enfer pour moi. En plus de ça on se prend un orage sur la tête.
Je joue mal. Très mal.
Je ne suis pas dedans.
Pascal le voit rapidement et m’essaye à toutes les positions pour me sortir de mon trou. Rien à faire.
Chaque point qui passe je m’enfonce de plus en plus. Mon mental s’affaibli de minute en minute. Je n’ose plus rien faire sur le terrain, la lumière s’éteint à petit feu.
Pas besoin de vous expliquer pourquoi je sais d’avance que le lendemain midi je ne serai pas dans le 5 majeurs.
Le lendemain, comme prévu, j’arbore le banc de touche avec beaucoup de sérénité.
Pascal me fait rentrer 2 points mais pas de miracles, ça ne sera pas fameux. Imaginez la difficulté mentale à surmonter quand on vous appelle pour rentrer. Il va non seulement falloir oublier tout ce qui s’est passé avant, mais en plus de ça il va falloir prouver, là, maintenant, tout de suite. Pas dans 3 points, pas dans 15 minutes. Ici ou jamais.
C’est une situation que beaucoup de rookies rencontrent, on a très peu d’opportunités, beaucoup de pressions, et en plus de ça il va falloir sur-performer.
Pascal a la présence d’esprit de me rappeler que je n’ai rien à prouver mais ça ne changera pas mon destin sur ce match là.
L’équipe joue dans la douleur et s’impose face à Paris Carnage 4 – 3.
Le deuxième match contre Frankfurt Syndicate sera également un match difficile, remporté 4 – 2. Je ne jouerai pas un point sur ce match.
Je suis considéré par beaucoup comme un bon joueur, j’ai plusieurs sélections en équipe de France, je suis champion en titre en individuel en Europe, je suis Champion de France. J’ai 10 ans d’expérience dans ce sport.
Pourtant à l’instant présent je suis à la case départ.
Une belle leçon de vie, une belle leçon de sport.
Une leçon à prendre avec passion, une leçon qui fait grandement avancer.
Il y a quelques années, avec un peu moins de maturité je pense que j’aurais eu beaucoup de mal à prendre cette situation de façon constructive.
J’étais fier de le prendre avec bonne humeur ce jour là.
Je suis un compétiteur et je veux être le meilleur. Je veux amener mon équipe au sommet. C’est un moment difficile mais il fait partie de la vie d’une équipe et de la vie d’un compétiteur et il me rendra vraisemblablement plus fort à l’avenir.
Le samedi il nous reste un match de qualification contre Amsterdam Heat, équipe plus faible sur le papier, notre qualification est déjà quasi assurée.
Pascal me donne des reps et me fait jouer à un nouveau poste, il me fait tourner avec Franck en tant qu’attaquant côté snake.
J’ai enfin des sensations, je tue des gens et je sors peu à peu la tête de l’eau.
On s’impose 5 – 1.
Le tirage au sort de notre quart de final est assez favorable, nous jouerons London Nexus qui fait une saison très moyenne.
Je ne jouerai pas ce match, l’équipe agit en rouleau compresseur et s’impose 5 – 0. C’est un plaisir de les voir.
En demi finale nous rencontrerons les russes / américains Polar Bears. Ils viennent de sortir une tête de série en quart de finale. Le match s’annonce dur.
Pascal décide de rapidement me faire rentrer pour jouer un jeu plus conservateur que Franck.
Polar Bears tue un à deux joueurs à chaque Break, ce n’est pas notre cas. La sanction est sans appel, on s’incline 1 – 5.
Notre dernier match se jouera face aux Tchèques renforcés de 3 Américains ML Kings.
Je jouerai environ la moitié des points sur ce match dont quelques bons points, on s’impose 5 – 2 et on valide une 3ème place sur le tournoi.
Cette troisième place nous hisse à la première place provisoire du classement général. La 4ème et dernière manche à Chantilly sera bel et bien décisive.
Je vous donne rendez vous à Chantilly, sur le terrain, plus aiguisé que jamais. Prêt à aller chercher ce titre de champion d’Europe. #Tonton4ever
Peace.

10 years of competitive Paintball, 8 seasons at the highest level in this sport. More than 40 European tournaments, more than 10 US pro tournaments. Ups and downs, but that weekend was, without a doubt, one of those downs.
 
A violent reminder that sport at the highest level has no room for doubt.
A reminder that a team sport is first of all about the team.
A reminder that being a starter in your team is worth a lot. Much more than you probably thought.
 
From the 1st to the 5th of July 2015, I was at the 3rd leg of the Competitive Paintball European championship in Basildon, UK.
This tournament had a special taste for me since it would be three tournaments in one.
 
The first and the major one was with Toulouse TonTon, we were tied in first place overall with Houston Heat before this 3rd tournament.
The 1vs1 tournament for which I did pretty good last season but still have to prove myself this year.
Lastly a side tournament with the French National team, I was lucky enough to make it again this year.
 
3 tournaments in 1, sounds odd but I would be lying if said I didn’t like it. Lots of Paintball, lots of wins to take. And I am not crossfitting like a mad man for nothing. 🙂
 
Today I want to speak a little of my tournament with TonTon.

My preparation on this layout wasn’t the best I have had. I found myself playing as an insert, having to make kills of the break but also survive, making decisions in the early and post early game which were often tricky – Should I push ? Should I hold ? – That is definitely not the position where I am the best at but I took upon this challenge with the will to learn and do well.
This a layout offered 2 spots for the attackers, those were taken by Franck Chambon in the Snake and Axel Gaudin in the doritos. They were playing those spots smartly and very efficiently so there was nothing I had to worry about.
Despite my will to do good at this unusual job for me, I felt my edge on my opponents wasn’t the one I am used to having while playing as an attacker.
 
At the french championship tournament the week before Basildon, we took the win, I did have an edge on my opponents but I felt it wouldn’t be enough while playing against the Europeans / American big dogs.
My coach, Pascal Hausser, also seemed to be realizing this.
 
TonTon and their Coach Pascal have quite a unique way of running the team. This season we are only 6 players within the team. This situation isn’t due to an injury or somebody leaving the team. It’s a decision the team made at the beginning of the season. It is a risky move because anything can happen, injuries, low efficiency on the field from many players.
On the other hand, it is a super efficient system when your major five players are killing it on the field.
 
I am personnally a big fan of this system. To me it is crucial to play every point or almost every point. That’s the only way you can meet your A-Game.
Pascal is used to running the same 5 players as long as they win. If he doesn’t see a need for change, he won’t make the change. And I feel too many coaches make changes they can’t really explain. But we have to keep in mind that any change will require your players to adapt to a new situation.
With Pascal, your potential fatigue from the effort of playing each point is not really something he takes into account. He considers you a professionnal Paintball player and he expects you to be able to play each point.
 
Our two major european events went really well. We made the finals both times and took one win. As you imagine Pascal ran this same line again and again.
In Puget (1st event) it was Franck Chambon, one of the best snake player in the game who found himself in the 6th player position. In Bitburg (2nd tournament) it was Brice Gaudin, one of the upcoming talents in the team.
 

For the third event, if things would go well again, we all expected this to happen again, this only question was to whom. 

It’s obviously hard to find yourself in this 6th player spot when the team plays well. It’s a 2 way frustration because on the one hand the team is winning and on the other hand you are not stepping onto the field.
As far as I am concerned, I am happy to play by these rules. I like to play everypoint when I am on a good day because I know that’s how I will eventually meet my A-game. So I also agree to be this 6th player if things go wrong for me.
 
14 hours of driving later, I make it to Basildon with the DROM crew. A Short night’s sleep of 3 hours then it’s time to set up the booth for the event. After that, it’s time for me to get ready for our last practice on the field before the event starts.
 
This time, my worst nightmare produced itself… 1 hour in hell for me. To make it worse, a thunderstorm goes through us during the practice.
My game is terrible. Really terrible.
 
Pascal sees it quickly and tries me at every position to help me get my head out of the water. But the same thing happens.
Each point my mind goes deeper and deeper. I am trying to fight my own mind and « Be brand new » as Mr Glaze would say but it wouldn’t work.
Anything I try on the field doesn’t work. Then I don’t try anything anymore and I get shot early in the game, everytime.
 
No need to say that I already know I won’t be in the 5 starters next morning.
 
Next morning, as expected I am sitting on the bench, in peace.
Pascal gives me 2 reps but no miracles. It won’t be close to good.
Think about the difficulty to overcome this barrier your mind set up. When your coach says your name you have to jump this fence but you just can’t.
No one cares about your imaginary mental fence, all you are asked to do is to prove it on the field. Now, right now. Not in 3 points, not in 15 minutes. Now or never.
This situation is faced by many rookies, they have a low amount of playing time and lots of pressure on their back, creaing a big mental barrier they have to prove they can overcome; right when they enter the field.
Pascal is smart enough to tell me that I don’t need to prove anything. He is trying to help me fight my mental barrier, which is very smart from him. But it won’t change my faith for this game.
 
The team is not playing great. We win 4-3 against Paris Carnage.
 
The second game against Frankfurt Syndicate was also a grinder, we took the win with a 4 – 2 score. I won’t step on the field in this game.
 
Many consider me as a good player, I have had several selections among the french national team. I am the 2014 1vs1 champion in Europe. I am french champion with my team. I play for legendary teams named Moscow RL and Toulouse TonTon. I have a 10 year background in this sport.
But right at this moment, I am nothing.
 
Such a great life lesson, a great sport lesson.
A lesson to be taken with passion, peace and will. A lesson which teaches you a lot in a very short amount of time.
 
A few years earlier, I think I would have struggled to handle this situation in a constructive way. I was proud to have a smile on my face that day.
 
I love to compete, I want to be the best at what I do. I want to take my team to the top. It’s a rough time but it’s part of the life of a sport competitior and I am convinced it will make me stronger for the future.
 
Saturday we have one last game of prelims against Amsterdam Heat, the weaker team on paper, our qualification is almost garanteed.
Pascal gives me more reps during this game. He puts me in as the snake attacker.
I finally manage to have a few emotions on the field, I kill a few people and the fog slightly goes away.
We take a 5 – 1 win.
 
The quarter final draw is not so bad for us. We will play London Nexus on sunday who has had a rough season.


I won’t play this game, the team is playing in a spectacular way. They are just crushing nexus and take a 5 to nothing win.
 
Semi finals will be against the Polar Bears, they just dominated Breakout Spa which is definitely a big dog. This game should be a big one.
 
Pascal puts me as a starter on the snake attack to play in a more conservative manner.
Polar bears kills one or 2 players off the break each point. We don’t. Score takes care of itself. We lose 1- 5.
Our last game for 3rd place is against ML Kings. I will play half points during this game, some good and bad points. We play well and win 5 – 2.
 
This third place at the event puts us in the first place overall since Houston Heat slip against ML Kings in quarter finals.
The 4th and last leg in Chantilly will be legendary. Anything can happen out there.
 
Now my mind is clearer, the fog went away.  Expect my sword to be sharpened, expect me on the field playing my A-Game in Chantilly.
 
Thanks for reading. Peace.
 
Kevin COULM

Une réflexion sur “L’enfer du dimanche – Any given sunday

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